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Quand le yoga est associé aux dérives sectaires – Partie 2

Quand le yoga est associé aux dérives sectaires – Partie 2

Yoga et thérapies alternatives, la Midiluves s’inquiète

C’est toute l’inquiétude de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires qui dans son dernier rapport estival, publié en juillet 2021, alertait sur l’augmentation des signalements liés à des pratiques dérivées du yoga et de la méditation. Pour ces seules activités, 159 alertes ont été dénombrées en 2020 soit près de deux fois plus qu’en 2019. Ce rapport, selon le Monde (article du 22 août 2021 : « Le yoga, nouvelle porte d’entrée aux dérives complotistes et sectaires ») constate également une augmentation des dérives dans le secteur de l’alimentation avec 120 signalements à la Midiluves, cette problématique semblant concerner de façon globale l’ensemble des domaines de la santé et du bien-être hors du champs de la médecine conventionnelle.  Ce que dénonce notamment l’Unadfii (L’Union nationale des associations de défenses des familles), c’est que ces disciplines, ces « alternatives » de santé, sont en passe de devenir des portes d’entrée de plusieurs mouvements à caractère sectaire.Soyons clair, le regard de la Midiluves ou de l’Unadfii sur ce qu’elles considèrent comme relevant de mouvements sectaires, est confronté à la difficulté même de la définition de ce qu’est une dérive sectaire. Et les médecines douces, comme la pratique du jeûne, la naturopathie, ou bien d’autres encore ne peuvent être qualifiées de dérives sectaires sous le seul prétexte qu’elles ne seraient pas pleinement reconnues comme des alternatives thérapeutiques par la médecine officielle. Il ne s’agit pas de jeter l’anathème sur ces voies thérapeutiques, pas plus que sur le yoga, comme on peut le lire parfois de façon caricaturale dans la presse.
Par dérive sectaire on doit entendre des situations où des individus se voient privés de leur libre arbitre, de leur capacité de discernement, de leur esprit critique, avec un risque d’endoctrinement pouvant conduire à la rupture avec la famille, à l’escroquerie financière, au travail dissimulé, voire à des abus sexuels.
Toute la question est de savoir où se trouve la frontière, quand ces excès ne sont pas démontrés, entre une adhésion forte et consciente à une pratique « bien-être », à un lieu de retraite, un gourou, et un endoctrinement résultant de l’abolition du jugement. La manipulation est souvent perverse, difficile à démontrer, les adeptes peinent d’ailleurs à se reconnaitre comme tels et sont persuadés d’agir pour leur santé physique ou mentale.

Le gourou ou guru, une notion ambiguë

La notion même de gourou, ou guru, est pleine d’ambiguïté. Elle est aujourd’hui systématiquement reliée, et de façon péjorative, à celle de secte. Le gourou définit dans ce contexte celui qui exercera un pouvoir totalitaire sur ses adeptes. Krishnamurti que d’aucuns considèrent comme un gourou, en parlait en ces termes : « Nous voulons un soulagement rapide, une panacée, alors nous nous tournons vers le guru pour qu’il nous donne une pilule satisfaisante. Nous ne recherchons pas la vérité, mais le confort, et celui qui nous donne ce confort, nous rend esclaves ». Krishnamurti lui-même n’était pas à l’abri de ce paradoxe qui lui faisait critiquer le pouvoir des gurus alors qu’il en apparaissait comme un digne exemple aux yeux de ses détracteurs. On ne peut pas faire l’impasse sur la dichotomie qui entoure ce terme. Si le guru trouve sa pleine signification dans la tradition indienne, puisqu’il est au sens sanskrit du terme et dont on peut trouver la trace dans les Upanishads, celui qui a du poids dans le monde spirituel, l’être réalisé, celui qui a atteint la libération intérieure, « moksha », et dont le seul objectif complètement désintéressé dans sa relation à son disciple, est de l’amener vers cet état ultime d’être, il se confronte, notamment en France où l’héritage des lumières et des philosophies cartésiennes est toujours prégnant, à l’image plus sulfureuse de celui qui abolit l’esprit critique et exploitera ses adeptes. Dans la tradition indienne, on compte ainsi et rien que sur le XXème siècle, des figures très emblématiques telles que Mâ Ananda Moî (1896-1982), Ramana Maharshi (1879-1950) ou encore Sri Aurobindo (1872-1950) qu’il serait erroné de considérer comme des gurus au regard de la définition qu’en donnerait la Midiluves. Cela n’a évidemment pas de sens. C’’est toute la question des emprunts qu’on peut faire à une culture finalement très éloignée de nous et de son inadéquation aux valeurs d’une société qui n’en possède pas les codes, comme notre société occidentale, qui est posée.  La mode de « l’orientalisme » n’est pas dangereuse en soi mais l’adhésion pleine à l’enseignement d’un professeur de yoga ne devrait pas se séparer de l’exigence qui devrait être faite, d’un effort de contextualisation. Au charme de « l’exotisme », il n’est pas interdit de céder, mais on ne devrait pas obérer qu’il est toujours précieux de savoir préserver ses repères et ses fondements culturels, au risque de sombrer dans une radicalité toujours préjudiciable.
Dès lors, deux exigences s’imposent, l’encadrement éthique et la garantie pour les pratiquants qu’ils ne sont pas sous l’emprise de thérapeutes incompétents, de professeurs profitant de leur statut pour avoir de l’emprise psychologique sur leurs « élèves ». Or, dans la presse grand public désormais, on peut voir que pullulent les témoignages d’élèves ayant été sous l’emprise de leur professeur de yoga.
Évidemment, dès lors qu’on entre dans une pratique assidue, il y a tout un pan de disciplines annexes qu’on finit par adopter au nom de la cohérence, une meilleure hygiène de vie, une alimentation végétarienne, des séjours de jeûnes et de méditation qui peuvent conduire, lorsque le pratiquant prend conscience du bien qu’il se procure, à des changements dans la vie personnelle qu’un entourage n’est pas toujours à même de comprendre ou d’accepter. On peut ainsi comprendre que la révolution personnelle que peut entamer quelqu’un qui prend conscience de l’amélioration sur le plan de la santé physique et mentale générée par son adhésion au yoga, modifie les rapports dans un couple, au sein d’une famille, comme le ferait le retour à la formation, un changement de métier. Cela peut générer des conflits qu’un professeur de yoga ne devrait pas encourager en « embrigadant » son élève, en l’enfermant dans la conviction que celui qui ne comprendrait pas sa démarche d’investissement plein dans la discipline ferait partie d’un entourage toxique avec lequel il faudrait couper les ponts. C’est l’une des méthodes utilisées par les mouvements à dimension sectaire. On peut lire pourtant de nombreux témoignages confirmant que ce type de comportements, même s’ils ne sont pas majoritaires, ne sont pas non plus marginaux. 

Dans les années 90, la mouvance « Sahaja Yoga » s’était fait connaître lors de plusieurs procès liés à l’envoi d’enfants dans des « ashrams » en Inde, en Italie ou en République Tchèque. Un rapport de la Miviludes, daté de 2005, rapportait ces propos de Sri Mataji, la « Mère Divine » pour les adeptes du « Sahaja Yoga » :
« N’importe qui peut faire un enfant – même un chien peut faire un enfant (…) Aussi créer un enfant n’est pas une chose extraordinaire (…) Dire mes enfants ne vous aidera en rien, au contraire. Cela va vous enchaîner « totalement » (…) D’abord, vous avez renoncé à votre famille, renoncé à vos enfants, renoncé à tout, vous êtes parvenu à cette extrémité. Maintenant vous y retournez. »
Cela peut paraitre excessif et extravagant, et nous le rappelons, ce n’est pas le procès du yoga qui motive cet article mais bien au contraire sa défense, en alertant sur les dérives sectaires dont le yoga est devenu parfois la porte d’entrée et qui ternissent, notamment aux yeux des autorités, une discipline qui ne devrait faire l’objet d’aucun débat quant à ses bienfaits.
Plus récemment, un couple installé dans la Vienne a fait l’objet d’un signalement. La justice soupçonne la femme et son mari, professeur de yoga, particulièrement adulé par ses élèves, d’abus de faiblesse dans un cadre sectaire, de blanchiment, de chantage et de violences mais aussi de viols et d’agressions sexuelles.
C’est aussi le cas du centre de yoga Sivananda, à Neuville-aux-Bois, signalé à l’inspection du travail pour travail dissimulé -de nombreux bénévoles y auraient travaillé durement parfois durant des années sans aucune protection sociale- mais il fut également mis en cause pour de nombreuses agressions sexuelles.  C’est encore le cas concernant le fondateur du Bikram Yoga, Bikram Choudhury. Un documentaire Netflix lui est d’ailleurs consacré et les témoignages sont affligeants, même si l’opinion publique ne doit pas se substituer à la justice, il semble difficilement contestable de reconnaitre que c’est un gourou problématique.
Nous n’allons pas faire l’inventaire de toutes les affaires passées ou en cours d’instruction mais force est de constater qu’une recherche internet simple sur le sujet montre qu’elles méritent notre attention. Il faut raison garder. La Miviludes recense une dizaine de mouvements ou associations problématiques, ce n’est rien en comparaison des centaines de lieux et de cours qui se sont développés.

« Féminin sacré », une absence de formation thérapeutique

Ce sont finalement plus souvent les pratiques qui sont visées et dont certaines font l’objet de questionnements comme les ateliers autour du « féminin sacré », des groupes de paroles et de méditation réservés aux femmes. Face à certains sujets douloureux qui peuvent être abordés beaucoup de professeurs ne semblent pas formés pour une approche thérapeutique adaptée et ne peuvent garantir un accompagnement de qualité en cas de nécessité.
Parmi ces ateliers, on trouve les « tentes rouges » l’un de ces cercles de parole féminins inspirés d’un best-seller américain sorti en 1997, vendu à plus de 3 millions d’exemplaires dans vingt-cinq pays. La Tente rouge, d’Anita Diamant (Charleston éditions, 2016, pour la version française), ode à la féminité, raconte l’histoire de Dinah, un personnage biblique qui partage secrets et rites avec les autres femmes de sa tribu, sous un tipi écarlate, un endroit interdit aux hommes.
Évidemment, là encore, il ne s’agit pas de faire un procès d’intention à ce type de mouvements dans lesquels les femmes pourront trouver du sens pour s’exprimer, libérer leur parole, particulièrement dans la période actuelle où le mouvement « me too » a montré le besoin qu’avaient les femmes de pouvoir revendiquer sans tabou le droit à une parole libérée. Mais la Miviludes note le risque d’une « emprise psychologique exercée sur des femmes fragilisées ». Que faire lorsque surgissent des souvenirs enfouis et douloureux, des montées émotionnelles fortes, des traumatismes ?
Être thérapeute ne s’invente pas, et dans un contexte où de plus en plus de personnes ont recours aux psychothérapies, la Fédération française de psychothérapie et de psychanalyse s’est fixée pour mission de sécuriser les pratiques, et de fournir une information fiable. Cela ne signifie pas qu’on doive condamner toutes les thérapies nouvelles qui émergent.
L’Académie de médecine reconnait elle-même qu’il faut prendre acte que les thérapies alternatives “répondent à des attentes de patients non satisfaites par l’offre de soins conventionnelle”.
On sait pourtant que dans toute discipline émergente, il y a la nécessité qu’elle soit structurée, notamment lorsque cette discipline ayant le vent en poupe, elle entraine, comme pour le yoga aujourd’hui, des vocations nouvelles.  Beaucoup de yogi se mettent à suivre des formations pour devenir professeur à leur tour. L’idée est en effet réjouissante pour beaucoup de faire de leur passion, de leur adhésion pleine au yoga, une pratique professionnelle. Les formations ne désemplissent pas et il n’est donc pas étonnant de voir l’offre de professeurs augmenter. Il n’existe pourtant pas d’encadrement précis. En France, le yoga est considéré par l’État comme une activité commerciale. « N’importe qui peut vous signer un papier en disant : “Je vous certifie professeur de yoga”». De plus, la diversité des pratiques fait que les écoles ne s’accordent pas toujours sur la réglementation à mettre en place.

Cela devrait évoluer dans les années à venir, une garantie supplémentaire pour chaque pratiquant, mais il importe que chacun, se tournant vers le yoga et la constellation de thérapies ou de pratiques « santé » alternatives qui l’entourent, soit conscient que la préservation de l’esprit critique est l’assurance d’une protection contre les dérives qui, même marginales, nous insistons sur ce point, n’en demeurent pas moins possibles. Le yoga est une formidable discipline, et nombre de thérapies douces sont des pistes à explorer qui peuvent participer de notre bien-être, il nous appartient de nous protéger contre  les charlatans en ne croyant pas aux miracles, en nous renseignant toujours, en gardant en tête qu’il n’est jamais bon de s’en remettre aveuglément à un « sauveur, un maitre,  un gourou ».

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