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Quand le yoga est associé aux dérives sectaires – Partie 1

Quand le yoga est associé aux dérives sectaires – Partie 1

La popularisation du yoga en occident est incontestablement une chance pour de nombreux pratiquants, tant cette discipline apporte de bienfaits sur le plan physique et spirituel. Son succès croissant atteste que le yoga vient combler les attentes profondes d’un public en quête de sens, de recherche de bien-être. Et au yoga, on peut ajouter les médecines « alternatives » comme la pratique du jeûne ou la méditation. Il y a indubitablement une aspiration au « mieux-vivre », en accord avec soi, avec la nature. Une volonté d’échapper au paradigme d’une vie stressante générant de nombreux maux que nous aurions trop longtemps soignés à coups d’antidépresseurs ou d’anxiolytiques dans une société du tout allopathique. Dans ce contexte, l’aspiration croissante d’une partie importante de la population à recourir à des médecines « alternatives, douces ou traditionnelles » est en ce sens parfaitement légitime et probablement la crise sanitaire aura, pour certains en tout cas, appuyé cette tendance d’un retour à la nature et aux choses essentielles.  Or, dans un état jacobin, donc par définition centraliste, la place croissante des alternatives de santé, à l’instar de ce qui se passe dans un autre registre avec les langues régionales, est perçue comme un danger par les autorités sanitaires et par l’État. 

Quelle place pour les alternatives de santé ?

 L’ostéopathie, désormais très populaire a longtemps été fustigée par l’ordre des médecins, et l’homéopathie a été récemment qualifiée de « médecine placebo ». Dès lors, on comprend que le recours à l’usage des huiles essentielles, aux plantes, au jeûne, et à de nombreuses « alternatives » de santé, apparaisse comme dangereux sinon suspicieux aux yeux des autorités.
Au vu d’un tel contexte, il est donc toujours dommageable de constater que certains exploitent ce désir sincère d’explorer des voies de santé plus naturelles en défendant sans discernement des « miracles thérapeutiques » souvent coûteux, pouvant parfois mettre réellement en danger les « adeptes ».
Parler ici « d’adepte » n’est pas anodin. Il est évident, nous le verrons, que des dérives sectaires existent et il importe de ne pas donner raison à l’État lorsqu’il s’inquiète de l’émergence de thérapeutes auto-proclamés, dont certains exerçant sans qualifications reconnues, sont à l’origine de tristes faits-divers. Ils jettent l’opprobre sur l’ensemble d’une profession qui dans sa très grande majorité accepte de se soumettre à des règles éthiques fondamentales. On le voit très bien notamment avec le débat sur la vaccination qui conduit certains thérapeutes à promouvoir des alternatives de santé, en distillant un discours anti-vaccination excessif qui frôle le complotisme. On est en droit de se questionner sur la vaccination sans refuser pour autant d’admettre ses indéniables bienfaits en termes de santé publique, on est en droit de questionner la pertinence de certains traitements sans contester de façon absurde les travaux scientifiques qui leur sont associés et que les béotiens que nous sommes auraient bien du mal à analyser sérieusement. Il n’y a rien de mal à ce qu’une personne atteinte d’un cancer ait recours à des « alternatives » de santé, mais il serait criminel de les lui vendre comme un remède miracle et de l’inviter à cesser son traitement. C’est ainsi que la chanteuse Lhassa est morte d’un cancer du sein qu’elle a souhaité soigner exclusivement avec des plantes…Dire que le cancer n’existe pas, qu’il y a une cause aux souffrances à rechercher dans l’histoire familiale et proposer des traitements non validés sont autant d’exemples de dérives thérapeutiques dangereuses si le malade abandonne des traitements reconnus comme efficaces.
Désertification médicale, manque de temps des praticiens en médecine conventionnelle, développement et meilleure identification des maladies chroniques, contribuent certainement, parce que la nature a horreur du vide, à ce que de nombreux patients d’abord désireux d’être écoutés, se tournent, quitte à en payer le prix, vers des personnes qui se montreront à l’écoute de leurs problèmes.
Que notre corps exprime nos traumatismes subis, nos angoisses, notre stress est une évidence, que notre corps, fort de nos excès en tout genre, finisse par en exprimer les manifestations cliniques n’est pas contestable, et de nombreux travaux scientifiques ont mis en évidence que cela pouvait influencer notre immunité, augmenter le risque de cancer, altérer notre santé mentale. La demande d’un accompagnement différent est forte car dans un contexte où il parait judicieux d’intégrer une hygiène de vie plus respectueuse de notre santé, de notre environnement, dans une écoute de soi renouvelée et construite autour de valeurs simples, la médecine officielle passe parfois comme insuffisamment sensible et enfermée dans son dogme allopathique.
Beaucoup expriment un sentiment de mieux être à l’issue de certaines voies thérapeutiques placées en dehors de l’orthodoxie médicale et en soi, on pourrait penser que c’est d’abord l’essentiel, quand bien même elles pourraient avoir un effet placebo. La norme en santé a évidemment une dimension liberticide, mais elle s’inscrit dans une histoire qui est faite de constructions de codes déontologiques, de contrôles de pairs par des pairs, de cadres législatifs qui visent avant tout à garantir pour chacun une sécurité sans laquelle il n’existe justement pas de liberté. Or, il est devenu courant de remettre en cause la plupart de ces instances, prétextant, il est vrai parfois de manière justifiée, qu’elles sont le lieu de conflits d’intérêt, d’opérations de lobbying, avec en perspectives, des enjeux financiers colossaux lorsqu’il s’agit de l’industrie pharmaceutique et de politiques de santé. Un phénomène attesté chez nous par les quelques scandales pharmaceutiques comme l’affaire du médiator, de la Dépakine, du Distilbène qui ont défrayé la chronique. A ce titre, les approches holistiques qui tiennent compte de la dimension psycho-sociale de nos pathologies diverses trouvent aujourd’hui un écho favorable parce qu’elles font preuve de bon sens et d’une sensibilité dont les praticiens de la médecine officielle ont longtemps été accusés d’être dépourvu. A l’intérieur d’une constellation grandissante « d’alternatives » thérapeutiques, le yoga qui nous invite à prendre soin de nous-mêmes, qui instille un esprit profond de bienveillance envers soi, est une voie d’exploration du bien-être qui a fait ses preuves. Et, pour celui qui découvre cette pratique, il apparait clairement et rapidement qu’elle constitue une piste sérieuse pour œuvrer à reconquérir son corps dans un état de pleine conscience. Le seul fait de prendre toute la dimension du souffle qui nous traverse à chaque instant est un pas de géant vers notre « guérison ». Oui, le yoga peut avoir une dimension thérapeutique et on ne peut que se féliciter de le voir gagner d’année en année un succès grandissant, mais il est dangereux de lui octroyer plus de vertus qu’il n’en a, d’en galvauder l’esprit.

Libéral mais éclairé, le yoga n’est pas miraculeux

Quand on voit sur des blogs, des professeurs de yoga parler de sunyoga, une « méthode qui permet de se connecter au divin grâce au soleil » et permettrait « d’inactiver » le coronavirus,  ou sur un site de kundalini yoga – dont nous tairons le nom- des propos lénifiants sur des méthodes pour « neutraliser un vaccin »  en utilisant des aspivenins, cataplasmes et traitements à base de minéraux et de vitamines, ou en effectuant des séries détoxifiantes de postures de yoga, on peut raisonnablement s’inquiéter de certaines dérives qui nuisent à l’image du  yoga. Encore une fois, il ne s’agit pas se priver d’un vrai débat sur le vaccin, et les interrogations concernant l’ARNm par exemple ou la pertinence de la vaccination chez les adolescents pour lesquels la balance bénéfice-risque n’est pas pleinement démontrée, ne sont pas illégitimes. En tout cas, le débat et le questionnement sont sains et ils doivent pouvoir s’exprimer dans une société démocratique. D’un point de vue législatif, chacun est évidemment libre de croire ou non dans le bien-fondé d’une pratique alternative, mais il est essentiel de préserver son analyse critique.
De nombreux pratiquants du yoga, sensibles aux vertus des médecines naturelles, à l’importance d’une alimentation saine, végétarienne ou ayurvédique par exemple, ou aux vertus du jeûne, seront probablement sensibles à la question de l’innocuité des vaccins. Mais sans doute convient-il pour le moins, de ne pas oublier qu’on ne peut opposer aux arguments scientifiques des arguments farfelus, voire complotistes, au risque de prendre le risque de délégitimer les vertus mêmes du yoga. Vendre un yoga « miracle » est inepte et on peut s’inquiéter de voir certains professeurs, ou certains centres de yoga vanter les mérites « d’alternatives » thérapeutiques sans un encadrement déontologique minimum. Les professions médicales et paramédicales sont strictement encadrées pour éviter les dérives de certains charlatans. Certes, il ne s’agit pas de délégitimer les nouvelles stratégies thérapeutiques qui se développent, il y a toujours eu des précurseurs qui ont été contestés dans leurs débuts et par exemple, la fascia thérapie, aujourd’hui peu reconnue, trouvera sans doute, au vu des découvertes récentes (nous conseillons ce reportage d’Arte qui est très instructif https://youtu.be/2lKDcNvQ9FQ), sa reconnaissance comme l’ostéopathie a fini par conquérir la sienne, mais il reste impératif de ne pas déconsidérer ce que peut avoir de dangereux un libéralisme absolu en matière de santé.
Il faut vraisemblablement trouver la voie d’un libéralisme éclairé, comme il est admis depuis le code de Nuremberg de 1948, la notion d’un consentement éclairé. La liberté, c’est aussi la possibilité de choisir. Les médecines douces parfois dans le collimateur des autorités ne sont pas nécessairement antinomiques avec la médecine conventionnelle, et dès lors qu’elles ne sont justement pas perçues comme des alternatives, elles peuvent très bien trouver toute leur place dans la vie de ceux qui travaillent à leur mieux être, ce qui en soi, est un signal positif envers soi auquel on ne devrait pas opposer une fin de non-recevoir. Croire aux vertus du Reiki, de la kinésiologie, au Shiatsu, n’est pas plus infondé que de se rendre à l’église tous les dimanche matin et on ne ferme pas les églises sous prétexte que personne ne peut prouver l’existence de Dieu.
Pourtant, on voit de plus en plus d’affaires et de faits divers malheureux sur fond « d’alternatives santé », avec des thérapeutes auto-proclamés qui n’hésitent pas à piocher dans le panel de plus en plus large de pratiques ou de thérapies « bien-être » pour abuser de la crédulité de personnes dépourvues d’un sens suffisamment aiguisé de l’analyse critique pour se prémunir des risques de manipulation. Et il est préjudiciable au yoga, dont les bienfaits sont difficilement discutables, de voir que certains de ces pseudo-thérapeutes s’en emparent à des fins malheureuses en surfant clairement sur la vague d’un succès mérité.

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