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Le Tryambakam ou le Mantra du troisième œil

Le Tryambakam ou le Mantra du troisième œil

Le Maha Mrityunjaya Mantra mieux connu sous le nom de « Tryambakam » ou « mantra du troisième œil », est l’un des chants les plus caractéristiques non seulement de la spiritualité indienne, mais aussi du yoga.

Si parmi nous, nombreux sont les yogis qui le chantent, peu connaissent le sens véritable des vers qu’ils prononcent en sanskrit. Il faut dire que même la traduction française demeure mystérieuse et que, comme souvent, les mantras utilisent un langage poétique voire métaphorique parfois difficile à déchiffrer…

Dans les prochaines lignes, je vous propose d’explorer ce que ces slokas veulent nous dire, d’examiner ce qu’est le troisième œil, de comprendre la métaphore du concombre, ainsi que les notions de détachement et d’immortalité.

Pour mieux comprendre les idées exposées plus bas, je vous invite à lire préalablement la série d’articles consacrés à la découverte de la philosophie de l’Advaïta Vedanta.

MAHA MRITYUNJAYA MANTRA

Om Tryambakam Yajâmahe

Sugandhim Pushti Vardhanam

Urvârukamiva Bandhanân

Mrityor Mukshiya Mâ’mritât

Nous rendons grâce au seigneur aux trois yeux

Qui, comme un parfum, enivre et nourrit tout.

Puisse-t-il nous délivrer du lien qui nous relie à la mort de la même manière que le concombre se détache de la tige.

Qu’il ne nous éloigne pas de l’immortalité.

1. Tryambakam : introduction

Le Maha Mrityunjaya Mantra signifie littéralement « le plus grand mantra pour la victoire sur la mort ». Ces vers sont tirés du Rig Véda et sont dédiés à la divinité Shiva.

Le Tryambakam est connu pour être LE mantra qui donne vie tout autant que celui qui permet d’atteindre la libération. On dit qu’il faut le répéter 108 fois ou, à défaut, un nombre correspondant à l’un des multiples de 108 (tels que 3, 9 27…).

La superstition a fait de ce mantra une litanie contre la mort et un chant protecteur en toutes circonstances si bien, qu’en Inde, tel une amulette, il est largement répété à l’occasion des anniversaires ou bien lors des départs en voyage.

2. Le Tryambakam ou le mantra de la vision claire

« Nous rendons grâce au seigneur aux trois yeux qui comme un parfum enivre et nourrit tout. »

try = trois

ambakam = yeux

yajaamahe = vénération, adoration

sugandhim = parfum

pushti = abondance, prospérité

vardhanam = ce qui soutient, ce qui nourrit

Afin de comprendre ces deux premiers vers, nous devons nous interroger sur ce que signifie de voir avec « deux yeux ».

Les deux yeux représentent les sens, le monde, la matière, la dualité, la Maya. Autrement dit, les deux yeux sont le symbole du monde phénoménal et donc du corps et de l’esprit.

Voir au travers de nos yeux signifie recevoir des informations du monde extérieur. Au travers des médias que sont les cinq sens et le mental, l’être humain collecte des informations en provenance du monde extérieur. Puis, il absorbe ces informations qu’il internalise. Dans ce processus d’absorption, ces informations originellement externes se transforment en « connaissances », « conditionnements », « schémas de pensées »… L’être humain utilise ces informations absorbées puis stockées au sein de cette bibliothèque interne comme les cadres référents sur lesquels s’appuyer pour prendre des décisions et agir. C’est ainsi que l’individu arpente la vie. Enfin, par un glissement tout aussi rapide que subtil, il commence même à croire que ces connaissances proviennent de son propre processus cognitif et que cela constitue la Vérité et la Réalité.

Le mantra nous invite à regarder non pas avec nos deux yeux (comme nous en avons l’habitude) mais avec le troisième œil (tryambakam).

Nous faisons souvent l’erreur de croire que le troisième œil est un point tout à fait spécial que l’on peut placer sur le corps physique (souvent entre les deux sourcils). Or, si le troisième œil est si spécial, c’est justement parce qu’il n’a rien à voir avec les deux organes physiques que sont les yeux. Autrement dit, le troisième œil pourrait être partout sur le corps physique, ou, plus exactement, nulle part sur ce corps physique.

Ainsi, le troisième œil représente tout ce qui n’est pas issu des cinq sens et tout ce qui n’est pas du monde phénoménal. Le troisième œil est une métaphore pour exprimer la capacité de voir avec clarté.

Voir les choses avec clarté signifie de voir les choses sans l’influence du monde ; de voir les choses libres des conditionnements de ce monde.

Ce n’est pas par hasard que ce mantra est dédié à Shiva. Cette divinité est considérée comme étant celle de la destruction de l’ignorance. Autrement dit Shiva est le destructeur de la mécompréhension de ce qu’est vraiment la Réalité ; le destructeur de l’ego, de l’attachement à ce corps, ce mental et à ce monde.

Le mantra nous invite à « adorer celui qui a trois yeux ». « Adorer » (yajâmahe)ne signifie pas (comme cela se fait souvent en Inde) de couvrir de lait et de fleurs une statue de Shiva ou un lingam.

« Adorer » signifie regarder avec une qualité d’attention. Cela implique d’être très attentif à ce qu’il se passe instant après instant. « Quelles sont ces pensées ? », « quelles sont ces réactions », « d’où proviennent-elles vraiment ? ». Cette adoration amène à ce que l’on nomme l’honnête observation de soi.

Lorsque l’être humain observe son mental, ses pensées, ce qu’il se passe instant après instant dans son esprit, il scrute ce qui est de l’ordre « du petit », « de la partie », « du limité », « du périssable », « du changeant », « du mortel »… Mais, en observant « le petit », « la partie », « le mortel » et « le limité », il s’éloigne « du petit », « de la partie », « du limité » et « du mortel », car l’observateur et l’observé sont toujours différents.

L’individu pénètre alors le domaine « du vaste », « de l’illimité », « de l’immortel ». Il s’agit de la Source. Par définition, la Source est complète. Tout y est disponible, abondant, prospère (pushti vardhanam).

Le mantra induit que dès lors que l’être humain regarde avec attention ses propres pensées, un cadeau l’attend. Il découvre que la vie a une toute autre saveur. Il s’agit de la fragrance (sugandhim) de la Paix et de la Liberté. C’est le parfum doux et sucré de l’Absolu, de la Source, de la Complétude, du Brahman.

3. Le Tryambakam ou le mantra du détachement

« Puisse-t-il nous délivrer du lien qui nous relie à la mort de la même manière que le concombre se détache de la tige. »

urvaaruka = concombre

miva = comme

bhandhanan = lien (bandha), tige

Le mantra nous expose un autre enseignement primordial.

Pendant sa croissance, le concombre (urvâruka) est attaché à sa tige mère. Puis, à sa maturité, il se détache.

De la même façon, pour croître et se développer, l’ego a besoin du monde et il y est attaché (bandhanân). Seulement, à la différence du concombre qui un jour se détache, l’ego ne rompt jamais le lien qui l’attache au monde matériel.

Or, le détachement du monde matériel est la clef de la libération. Ce détachement est maturité. La maturité ne signifie pas de passer d’un âge à un autre. La maturité n’est pas une question d’âge (il existe des êtres très jeunes et très matures et il existe dans anciens très peu matures).

La maturité est LE détachement par lequel l’individu cesse de donner de l’importance au monde matériel, à ses objets et donc au corps et à l’esprit.

La maturité est LE détachement par lequel l’individu cesse de construire son identité à partir d’éléments en provenance du monde matériel, de ses objets, du corps et de l’esprit.

Un être qui s’est détaché du monde matériel est ce que l’on nomme un « dvija », littéralement « un né deux fois ».

L’individu naît une première fois, physiquement hors du corps de sa mère et se détache du cordon ombilical qui le nourrit. Cet instant marque l’entrée de l’être dans le monde matériel.

Puis, dès lors que l’individu se détache de son lien (bandhanân) d’avec le monde matériel, il naît une deuxième fois.

C’est là, la véritable raison pour laquelle il est nécessaire de répéter ce mantra à l’occasion des anniversaires. Les anniversaires (de la façon dont nous les célébrons) ont tendance à renforcer la prédominance du corps et de l’esprit en tant que « je », là où la réelle célébration serait de s’en détacher.

Le mantra nous invite donc sans tarder à faire « comme » (miva) le concombre !

4. Tryambakam ou le mantra de l’immortalité

« Qu’il ne nous éloigne pas de l’immortalité. »

mrityor = mort

mukshiya = libération (moksha)

ma mritat = négation (a privatif) + mortalité = immortalité

Le dernier vers correspond à la conclusion du mantra.

Dès lors que l’individu a changé sa vision du monde ; dès lors que l’individu a goûté à la fragrance de la Source ; dès lors que l’individu s’est détaché de son lien pour le monde matériel, alors, il devient immortel (ou comme le mantra l’indique, il cesse de devenir mortel / de renforcer la mortalité en lui (mâ’mritât)).

En d’autres termes, l’être se libère (mukshiya) de la mortalité (mrityor).

L’Immortalité n’est pas une chose qu’il faille atteindre. Comme la Complétude, la Paix, la Liberté ou l’Amour, l’Immortalité est déjà là et toujours disponible. L’immortalité est notre nature originelle. Cependant, comme l’être humain s’identifie à ce qui est limité et périssable, il croit fermement n’être rien d’autre que limité, périssable et donc mortel.

L’individu passe sa vie à renforcer en lui ce qui est de l’ordre du mortel et du limité au lieu de l’amenuiser. Renforcer la puissance du corps et du mental et l’attachement aux objets du monde ne permet jamais de voir la Source.

Dès lors que l’individu réalise que, par ses actions, il ne cesse renforcer le crédit accordé au corps, au mental, à l’ego et aux objets du monde, il comprend qu’il contribue lui-même à s’ancrer dans la mortalité.

Dès lors que l’individu agit à diminuer le crédit accordé au corps, au mental, à l’ego et aux objets du monde, il se rapproche de la Source, et par conséquent, s’ancre dans l’immortalité.

Alexandra JOY.

Mars 2021

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