Pilates Reformer et Yoga : ne confondons pas tout
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Il suffit aujourd’hui de parcourir les réseaux sociaux ou d’observer l’ouverture des nouveaux studios partout en France pour constater à quel point le Pilates Reformer s’est imposé dans l’univers du bien-être. Certains articles de presse s’interrogent même sur la baisse de fréquentation des studios de yoga, voire sur une prétendue perte de vitesse de la discipline. Une question finit donc naturellement par émerger : le Pilates serait-il en train de prendre la place du yoga ? Chez Yay Yoga, nous avons eu envie de prendre la plume (enfin, le clavier) pour repousser les limites de cette question et proposer un nouvel angle : l’engouement actuel pour le Reformer dit-il vraiment quelque chose du yoga ? Nous vous partageons nos pistes de réflexion et le débat est ouvert en commentaires !

Pilates et Yoga : des disciplines de mouvement à l’intention différente
Pour nous, mettre en concurrence le yoga et le Pilates comme s’il s’agissait de deux pratiques identiques revient à passer à côté de leur singularité. En effet, le Pilates et le yoga partagent une attention au mouvement, à la respiration et à la conscience corporelle. Mais leur histoire et leur intention ne sont pas les mêmes. La Pilates Foundation rappelle dans cet article que la méthode développée par Joseph Pilates dès le début du XXe siècle repose notamment sur la force, la mobilité, l’équilibre à travers des mouvements contrôlés et intentionnels. Le Reformer n’est donc pas une invention récente, même si son succès actuel peut donner cette impression.
Le yoga n’est pas uniquement postural
Le premier malentendu qui pousserait à « comparer » le Pilates et le yoga vient peut-être de notre représentation contemporaine du yoga. Dans l’imaginaire collectif, le yoga est souvent réduit à un ensemble de postures et les réseaux contribuent d’ailleurs à mettre en avant les postures les plus « impressionnantes » par la force ou souplesse qu’elles demandent. Cette vision est compréhensible puisque les āsana occupent une place importante dans de nombreuses pratiques de yoga. Mais elles ne racontent qu’une partie de ce qu’est le yoga, c’est-à-dire un système complet à 8 branches. En effet, les traditions du yoga sont bien plus anciennes et leur histoire est complexe et plurielle. Les Yoga Sūtra de Patañjali constituent notamment un texte majeur de la philosophie du yoga. On peut lire dès le deuxième aphorisme « Yogaś citta-vṛtti-nirodhaḥ » : « Le yoga est l’apaisement des fluctuations du mental. » Yoga Sūtra de Patañjali, I.2
Cette définition change notre regard sur la pratique : le travail du corps via les postures n’est pas nécessairement une finalité en soi. Il peut devenir un moyen d’affiner notre attention, notre présence et notre relation à nous-mêmes. Les postures physiques côtoient notamment le travail du souffle, la concentration et la méditation. C’est cette profondeur qui distingue le yoga d’une simple méthode de conditionnement physique.

Le prāṇāyāma est une branche du yoga
Le Pilates comme le yoga peuvent nous demander de ralentir un mouvement, de mieux contrôler notre posture et de prendre conscience de ce qui se passe dans notre corps. Mais le yoga possède une tradition particulièrement développée autour du souffle et de l’intériorité. En effet, le prāṇāyāma, qui désigne les pratiques respiratoires du yoga, ne consiste pas simplement à synchroniser la respiration avec un mouvement : il constitue une branche de la pratique du yoga à part entière.
Lorsque nous maintenons une posture pendant plusieurs cycles respiratoires, nous pouvons observer que notre souffle se raccourcit, que nous avons tendance à le retenir, que notre mâchoire se crispe ou que nos épaules montent. Nous découvrons alors non seulement ce que fait notre corps, mais aussi la manière dont nous réagissons à l’effort. Et cette observation ne s’arrête pas à la porte du studio. Nous avons toujours notre respiration avec nous. Aussi, nous pouvons retrouver cette attention dans le métro, au bureau, avant un rendez-vous important ou au milieu d’une journée particulièrement chargée. Quelques respirations conscientes peuvent créer un espace entre ce que nous vivons et la manière dont nous choisissons d’y répondre. Nous n’avons besoin ni d’une machine ni nécessairement d’un tapis pour retrouver cet outil.

Yoga, méditation et observation du mental
Une posture de yoga nous renseigne sur notre corps, mais elle porte aussi l’attention sur notre esprit et peut nous renseigner sur notre façon de fonctionner. Par exemple : que faisons-nous lorsque nous n’arrivons pas à tenir une posture ? Avons-nous tendance à nous comparer ? Sommes-nous capables d’adapter la posture ou cherchons-nous absolument à atteindre un « objectif » ? Acceptons-nous de ralentir lorsque notre corps nous le demande ? Et que se passe-t-il dans notre esprit lorsque nous tombons d’une inversion ?
Ces questions transforment progressivement la pratique physique en espace d’observation de soi. C’est aussi ce qui explique la place de la méditation dans le yoga. Le but n’est alors plus d’accomplir un mouvement ou d’améliorer une capacité physique, mais d’observer l’activité du mental avec davantage de recul. Les pensées continuent d’apparaître, mais nous pouvons apprendre à ne pas nécessairement réagir, ou à les suivre immédiatement.
Dans un quotidien où nous sommes sollicités en permanence, cette possibilité de créer un peu d’espace intérieur est loin d’être secondaire. Le yoga nous rappelle que prendre soin de soi ne consiste pas uniquement à rendre son corps plus fort ou plus mobile. Cela peut aussi signifier apprendre à habiter son corps et à observer son esprit avec davantage de présence.

Pourquoi réduire les effets du yoga à la souplesse ?
Nous avons constaté qu’il est désormais courant d’associer spontanément le Pilates au gainage et le yoga à la souplesse. Comme si chacun avait son domaine réservé : au Pilates le centre du corps et le renforcement, au yoga les étirements et la relaxation. Cette opposition est pourtant beaucoup trop simpliste et ne correspond pas à la richesse des pratiques contemporaines du yoga.
En effet, parmi ses nombreux bénéfices, une pratique de yoga dynamique peut renforcer, gainer, mobiliser, assouplir, améliorer l’équilibre et développer la coordination. Il suffit de pousser la porte d’un de nos studios Yay et de faire un cours de Vinyasa pour constater à quel point une séance peut être exigeante physiquement. Les transitions demandent de la force et du contrôle, les postures debout sollicitent les jambes et la stabilité du bassin, tandis que les appuis sur les mains mobilisent les épaules et le centre du corps.
On a déjà vécu des effets de mode : ne confondons pas nouveauté et profondeur
Le succès du Reformer est intéressant parce qu’il répond à certaines préoccupations très contemporaines : nous voulons des pratiques efficaces, encadrées, précises et suffisamment stimulantes pour avoir le sentiment de consacrer notre temps à quelque chose de concret. Les petits groupes et l’utilisation de la machine peuvent également créer une expérience collective motivante. Il serait donc injuste de balayer cet engouement d’un revers de main.
Cependant, l’histoire du fitness et du bien-être nous montre que les tendances évoluent. Nous avons connu les grandes vagues du step, de la Zumba, du spinning, du CrossFit ou encore du HIIT. Ces disciplines n’ont pas disparu, mais l’attention du public s’est progressivement déplacée vers d’autres pratiques. Certaines personnes restent fidèles, d’autres suivent simplement la nouveauté du moment.
Cela dit surtout quelque chose de notre époque : nous aimons découvrir de nouvelles manières de bouger. Le succès actuel du Reformer peut donc être analysé comme un nouvel épisode de cette histoire, sans qu’il soit nécessaire d’en déduire que le yoga aurait perdu sa raison d’être.

Une pratique plurielle qui nous accompagne à long terme
Le yoga possède une caractéristique qui lui permet de nous accompagner dans le temps : sa diversité. Il existe différents styles et différentes intensités. Par exemple, le yoga Vinyasa permet d’explorer une pratique dynamique et physique. Le Hatha offre davantage de temps pour comprendre et installer les postures. Le Yin invite à ralentir et à explorer une autre relation au temps et aux sensations. Cette diversité est l’une des grandes richesses du yoga. Nous pouvons changer de style sans avoir besoin de changer complètement de discipline. Le yoga peut être très physique à une période de notre vie, puis devenir progressivement plus contemplatif. Il n’est pas rare qu’on débute le yoga pour son côté « physique », mais que l’on reste finalement pour sa dimension spirituelle.
Pratiquer le yoga en dehors du tapis
C’est probablement ici que se trouve l’une des différences les plus profondes. Une séance de Pilates propose un travail du corps précis et efficace. Une séance de yoga peut évidemment faire la même chose, mais le yoga possède cette capacité particulière de nous donner des outils que nous pouvons progressivement utiliser en dehors du studio. D’ailleurs, pour Sara, cofondatrice de YAY : « Je fais du tennis, du kitesurf, j’aime le sport et j’aime découvrir d’autres disciplines. Mais le Yoga reste l’amour de ma vie. Parce que je l’emmène partout. »
En effet, le yoga ne dépend pas fondamentalement d’une machine, d’un studio ni même d’un tapis. Bien sûr, un studio et un professeur peuvent transformer notre manière d’apprendre : ils offrent un cadre, des corrections, une progression et une communauté. Mais avec le temps, une partie de ce que nous apprenons peut devenir autonome. Nous pouvons pratiquer quelques postures le matin, nous asseoir quelques minutes pour méditer ou simplement porter notre attention sur notre respiration pendant une journée stressante. Nous pouvons aussi nous souvenir de ce que le yoga nous a appris sur notre tendance à forcer, à nous comparer ou à vouloir tout contrôler. C’est là que la pratique « sort » réellement du tapis.

Yoga et Pilates peuvent parfaitement coexister
Nous ne sommes donc pas contre le Pilates Reformer. Bien au contraire : si une personne trouve dans cette pratique une manière agréable de bouger, de renforcer son corps et de développer sa conscience corporelle, nous l’encourageons à 100 % à poursuivre son exploration. Il serait même dommage de créer une opposition entre les deux disciplines.
Chez Yay, nous pensons que le Pilates peut être une pratique complémentaire au yoga, et inversement. Cet article consacré au rapport entre yoga et Pilates défend d’ailleurs cette possibilité de complémentarité, en expliquant que son autrice pratique elle-même le Reformer tout en considérant le yoga comme sa pratique de référence.
La question n’est donc pas de savoir lequel doit remplacer l’autre, mais ce que nous souhaitons nourrir dans notre pratique. Le Pilates peut apporter un travail précis autour du renforcement et du contrôle. Le yoga permet lui aussi de développer force, mobilité et équilibre, tout en donnant une place importante au souffle et à l’attention. Et pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin vers la méditation, l’observation du mental ou une réflexion philosophique, le yoga ouvre un champ qui dépasse largement la seule dimension physique. C’est cette distinction que nous souhaitons défendre. Pas parce que le Pilates serait moins intéressant, mais parce que le yoga est beaucoup plus vaste que ce à que nous le réduisons parfois.

Et si vous re-découvriez le yoga ?
Notre pratique peut changer parce que nous changeons. Dans un monde qui nous pousse constamment vers la nouveauté, le yoga nous propose quelque chose de presque radical : revenir à ce qui est déjà là : notre corps, notre souffle, nos sensations, notre attention.
Un siècle après la naissance du Pilates et plusieurs siècles après les textes fondateurs des différentes traditions du yoga, nous continuons à chercher des manières de mieux vivre dans notre corps. Il n’y a rien d’étonnant à cela. Ce qui est remarquable, en revanche, c’est qu’une pratique aussi ancienne que le yoga puisse encore nous donner des outils aussi actuels.
Chez YAY, c’est précisément ce que nous souhaitons continuer à défendre : un yoga vivant, accessible et exigeant lorsque cela est nécessaire, transmis par des professeurs qui guident leurs élèves et leur permettent de progressivement de construire leur propre pratique. Nous défendons une pratique du yoga qui peut être physique sans devenir une simple performance, précis sans devenir rigide, doux sans être passif, et suffisamment riche pour continuer à évoluer avec chacun.
Le fait que le yoga soit moins présent dans certains contenus à la mode ne signifie pas qu’il aurait perdu sa richesse. Une pratique n’a pas besoin d’être la tendance du moment pour continuer à être pertinente. Car sa richesse ne réside finalement pas seulement dans les postures que nous pouvons réaliser, les muscles que nous pouvons renforcer ou les centimètres de mobilité que nous pouvons gagner. Elle réside dans cette possibilité de partir du corps pour aller vers le souffle, du souffle vers l’attention, de l’attention vers le mental, et du tapis vers la vie. Namaste.
FAQ : Yoga et Pilates Reformer
Quelle est la différence entre le yoga et le Pilates ?
Le Pilates est une méthode de mouvement qui met notamment l’accent sur le contrôle, la précision, la stabilité, la force et la conscience corporelle. Le yoga comprend lui aussi une importante dimension physique, mais s’inscrit dans une tradition plus large qui associe notamment postures, respiration, concentration et méditation. Les deux pratiques peuvent donc partager certains outils sans poursuivre exactement la même finalité.

Le yoga permet-il de se muscler et de faire du gainage ?
Oui. Les pratiques dynamiques comme le Vinyasa et certaines formes de Hatha sollicitent fortement l’ensemble du corps. Les postures d’appui, les transitions, les équilibres et les maintiens statiques permettent notamment de travailler la force, la stabilité et le gainage au poids du corps.
Le Pilates Reformer est-il meilleur que le yoga pour le gainage ?
Il n’est pas pertinent de considérer une pratique comme intrinsèquement meilleure que l’autre. Le Reformer permet de travailler avec une résistance et un appareil spécifiques, tandis que le yoga sollicite le corps à travers le poids du corps, les appuis, les postures et les transitions. Le choix dépend donc avant tout de ce que vous recherchez dans votre pratique.
Peut-on faire du yoga et du Pilates Reformer ?
Oui, les deux disciplines peuvent être complémentaires. Le Pilates peut apporter un travail particulièrement intéressant autour du renforcement, du contrôle et de l’endurance musculaire. Le yoga permet quant à lui d’explorer davantage la mobilité, l’équilibre, la respiration, la concentration et la méditation.
Quel cours de yoga choisir lorsqu’on vient du Pilates ?
Si vous appréciez l’intensité physique et le travail musculaire, le Vinyasa constitue une bonne porte d’entrée. Si vous aimez particulièrement comprendre le mouvement et travailler avec précision, un atelier sur les fondations et l’alignement peut vous intéresser. Si vous recherchez davantage de relâchement, le Hatha doux ou le Yin permettent de découvrir une autre facette du yoga.
Le yoga est-il uniquement une activité physique ?
Non. Les āsana constituent une partie importante de nombreuses pratiques contemporaines, mais le yoga comprend également le travail du souffle, la concentration, la méditation et une dimension philosophique. Cette profondeur explique notamment pourquoi la pratique peut progressivement dépasser le cadre du cours.
Pourquoi le yoga peut-il accompagner la vie quotidienne ?
Parce que certains de ses outils ne nécessitent aucun matériel. La respiration, l’attention portée aux sensations, la concentration et la méditation peuvent être pratiquées dans de nombreux contextes. Avec le temps, certaines qualités développées sur le tapis peuvent également influencer notre manière de gérer l’effort, la frustration, l’agitation ou notre rapport aux autres.
Est-il possible de reprendre le yoga après plusieurs années d’arrêt ?
Oui. Une reprise peut justement être l’occasion de découvrir une autre manière de pratiquer. Il n’est pas nécessaire de retrouver son ancien niveau ni de recommencer immédiatement avec une pratique intense. Le yoga offre suffisamment de styles et d’intensités pour permettre à chacun de trouver une porte d’entrée adaptée à ses besoins du moment.
Pourquoi le yoga continue-t-il d’être pertinent malgré l’arrivée de nouvelles pratiques ?
Parce qu’il ne repose pas uniquement sur une tendance sportive. Sa richesse vient de l’association du travail corporel, du souffle, de l’attention, de la concentration et, pour celles et ceux qui le souhaitent, de la méditation et de la philosophie. Les formes de pratique peuvent évoluer, mais ces dimensions continuent de répondre à des besoins humains qui, eux, ne disparaissent pas.
Sources
Sources
https://www.marieclaire.fr/le-pilates-a-t-il-tue-le-yoga,1511813.asp