• Alexandra JOY

Regard Védantique sur l’Amour ou comment les yogis célèbrent-ils la fête des amoureux ?

Le mois de février pointe le bout de son nez et avec lui cette fameuse date du « 14 » dédiée à la célébration de l’amour et de son/ sa bien-aimé(e) qui n’est pas sans remettre sur le devant de la scène l’une des quêtes existentielles qui nous anime le plus : l’« AMOUR ».

Mais, si nous savons si bien célébrer la Saint-Valentin avec des roses et des chocolats, comment les yogis, eux, marquent-ils la fête des amoureux ?

Au risque de vous surprendre, sachez que le 14 février, comme tous les autres jours de l’année, les yogis font le ménage ! Aspirer, dépoussiérer, astiquer, lessiver, le tout avec une bonne dose d’huile de coude, voici ce à quoi les yogis se destinent et, malgré les apparences, il se peut fortement qu’il s’agisse là de la façon la plus appropriée de faire honneur à l’amour. Voyons d’un peu plus près pourquoi…


Acception usuelle de l’Amour


Usuellement, nous considérons que l’amour est ce sentiment affectif que nous éprouvons à l’égard d’un objet, qu’il s’agisse de soi, d’une autre personne ou d’une chose.

Cette acceptation n’est pas sans conséquences. En effet, au travers de cette représentation, nous induisons subtilement la croyance selon laquelle l’amour émane de nous et, plus précisément, de cet espace intérieur que nous nommons le cœur. En découle alors l’idée selon laquelle nous serions les créateurs de cet amour logé au creux de notre être.

Mais cela ne s’arrête pas là. De l’idée selon laquelle nous sommes à l’origine de l’amour naissent deux autres principes importants significatifs de la façon dont nous aimons. D’une part, si nous sommes capables d’engendrer l’amour, il en résulte que nous sommes aussi aptes à en élaborer l’amas souhaité. Ainsi, cet amour possède la caractéristique de pouvoir naître, croître ou s’amenuiser et même de s’achever. Il est donc quantifiable et périssable.

Par ailleurs, pour pouvoir créer de l’amour, nous avons besoin de l’aiguiller sur un objet précis. Ainsi, l’amour que nous éprouvons, dirigé vers l’objet d’attraction et d’affection, est nécessairement assujettie à l’existence de ce dernier. L’amour que nous ressentons est donc toujours orienté et conditionnel.


L’Amour selon les yogis


Vous l’aurez compris, pour le yogi, cette conception de l’amour est erronée et beaucoup de nos déceptions y trouvent leur origine.

Pour appréhender ce qu’est l’amour du point de vue du yoga, il nous faut immanquablement remonter aux sources de la pensée védantique et en revoir sa définition.


Il était une fois la naissance de l’Univers. Au commencement, il n’y avait rien et dans ce rien, il y avait tout. Cela signifie que ce vide était plein de tous les potentiels. En Vedânta, ce principe primordial porte un nom : on l’appelle « le  Brahman ».

En réalité, ce principe que le Vedânta nomme « le Brahman », peut porter plusieurs autres dénominations telles que le Tout, l’Absolu, la Conscience Universelle, le Centre, la Source, la Vie, l’Origine, le Divin et bien entendu… l’Amour.

L’amour possède des caractéristiques qui lui sont propres. Dans le Rig Véda, il est décrit comme étant éternel, entier, sans objets, sans formes, immuable, indivisible. Il est l’origine de laquelle toute chose présente dans le monde est née. Il est ce flux perpétuel et inébranlable, ce courant de vie au sein duquel nous sommes tous inévitablement pris.


Ainsi, pour le yogi nous ne créons pas l’amour, mais c’est l’amour qui nous engendre.

Nous ne contenons pas l’amour, mais c’est lui qui nous reçoit.

L’amour n’est pas la conséquence de l’existence d’un objet quel qu’il soit, mais l’origine de la présence de cet objet.

En abandonnant son corps et son esprit à l’énergie de l’amour, afin que celle-ci se manifeste au travers de lui, le yogi ne peut être que son humble serviteur.

Le yogi ne choisit rien ; il ne contrôle rien. Cependant, par sa pureté, il ne fait pas obstacle à l’expression du courant d’amour.

C’est cela que l’on nomme « amour inconditionnel ».


Le mystique, philosophe et poète soufi Rûmî Djalâl ad-Dîn Rûmî a dit : « ta tâche n’est pas de chercher l’amour, mais plutôt de chercher et de trouver toutes les barrières que tu as érigées à l’intérieur de toi contre l’amour ». Cette citation illustre parfaitement cette vision yogique. L’amour est déjà là. Toujours. Disponible, stable, immobile, présent, accessible, infini, abondant, oui, l’amour est là. Il ne part pas, il ne vient pas et il ne peut ni augmenter ni diminuer.

Tout comme les nuages couvrent plus ou moins le ciel bleu ne laissant apparaître qu’une plus ou moins grande partie de celui-ci, les voiles du mental éclipsent l’amour. Mais tout comme le zénith ne change pas de taille, l’amour non plus n’est pas affecté par les nuées qui le dissimulent parfois.


Pour le yogi, la quête d’amour ne peut donc se faire que par la chasse immodérée de tout ce qui cache son omniprésence, que ce soit sur le plan physique, psychologique, mental, énergétique ou spirituel.


C’est ainsi que par la pratique des postures, des exercices de respiration, de la méditation, le yogi entreprend le grand nettoyage de lui-même. Purification, élimination, réduction, diminution, décroissance, dissolution sont véritablement ses maîtres mots.

En somme, une bonne séance de ménage !




*Illustration Alexandra Joy


Alexandra Joy

Février 2021.


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