• Alexandra JOY

Le yoga : un rapport ambigu au corps

Chez les yogis de lignages traditionnels, il n’est pas rare d’entendre que le but ultime du yoga est de quitter le corps physique afin d’accéder au plus haut degré de spiritualité, la fameuse « libération ». D’un autre côté, tel qu’il nous est présenté au quotidien, le yoga demeure une discipline que l’on associe volontiers à une pratique sportive et qui reste très attachée aux images de corps parfaits et de postures acrobatiques.

Comme vous l’avez compris, le yoga n’est pas sans entretenir un rapport ambigu avec le corps. Entre rejet et encensement, à quoi doit-on s’en tenir ?


Le corps : le but du yoga

Après, des décennies durant, avoir été réservé aux hommes des castes brahmaniques en Inde, le yoga a été en Occident l’apanage de quelques hippies à l’écart de la société. Ces dernières années, sa pratique s’est démocratisée à tel point qu’il est désormais à tous les coins de rue.

Si le yoga a pu prendre une telle ampleur, c’est qu’il est passé par la case « relooking » (pour ne pas dire « marketing ») qui en a fait une pratique étonnamment moderne sur fond de romance ancestrale. Ce succès doit effectivement beaucoup à la vulgarisation de la discipline qui, outre se targuer d’une ascendance millénaire, répond parfaitement aux besoins « d’images » de notre temps.

Finie la vision du yoga comme celle d’une dure ascèse réservée à des Indiens dévêtus qui ont fait vœu de renoncement et finie la représentation du yoga comme étant la pratique ésotérique des communautés « flower power ». Au contraire, bienvenue à la nouvelle discipline qui nous promet un corps de rêve et un esprit sans stress, qui nous fera perdre du poids et qui en prime nous permettra de poster des postures inédites de nous-mêmes sur les réseaux sociaux pour épater la galerie.

Le succès du yoga tient beaucoup à cette massification qui, en un tour de passe-passe bien rodé, a fait, de ce qui était alors le sacerdoce de quelques privilégiés triés sur le volet, notre activité hebdomadaire incontournable. Mais « comment » me direz-vous ? Tout simplement en mettent l’accent sur un sujet cher aux sociétés capitalistiques occidentales : le physique.

Le corps, ses formes, sa santé, son bien-être sont autant de préoccupations au centre des pratiques modernes de yoga. Nous allons au yoga pour relâcher les tensions, les crispations, le stress accumulé, nous y allons pour nous assouplir, nous sculpter, parfois même pour bien transpirer. En outre, nombreuses sont les marques de prêt-à-porter spécialisées qui nous ont dessiné une garde-robe au top de la dernière mode et au coin de notre studio préféré nous trouverons facilement le petit « juice bar » où nous pourrons prolonger quelques minutes supplémentaires le culte de notre physique en dégustant un bon « healthy smoothy vegan bio power green ».

En outre, par un discours de communication axé sur la souplesse du corps, les postures, la maîtrise des énergies corporelles, on voit apparaître si ce n’est une érotisation du yoga une forme de sexualisation de la pratique qui en fait désormais un argument de rencontres coquines. Après tout, fréquenter une yogini ou un yogi moderne n’est-il pas la promesse de nuits ardentes ?

Bref, dans cette forme de pratique yogique, le corps est plus qu’il ne l’a jamais été à la fois l’interlocuteur privilégié auquel le yoga s’adresse et son but ultime.

Le corps : une gêne pour atteindre le but ultime du yoga

À l’opposé de cette apologie du physique, certains yogas qui se revendiquent héritiers du véritable yoga traditionnel, originel et ancestral, condamnent les tendances qui ont pour but de donner trop d’intérêt au corps. Leur argument principal : le yoga est une discipline spirituelle. Les asanas ne sont qu’une partie négligeable du système complet du yoga qui recèle de plus de trésors que la simple pratique corporelle.

Le physique devient l’incarnation d’une forme diabolique, qui n’est rien si ce n’est un obstacle sur la voie de l’illumination. Le corps représente le monde matériel et tout ce qui est de l’ordre du grossier et du trivial. À l’image des sages qui en méditation s’élèvent et flottent au-dessus de la terre ferme, il est nécessaire de se défaire du corps physique pour arpenter les chemins subtils des sphères spirituelles. Considéré comme une véritable gêne dans la progression spirituelle, le corps est renié, voire même porté en pariât, impactant par la même occasion (à l’image des dérives religieuses) la question des genres et de la sexualité.

Pour comprendre comment la même discipline a pu regrouper en son sein des conceptions si éloignées, il est nécessaire de voir ce qui sépare ces différentes mouvances et de comprendre la place attribuée au physique par chacune d’entre elles.

Si le monde capitaliste moderne célèbre à tire-larigot le matériel (et par conséquent le corps qui est la représentation matérielle de l’humain), les écoles traditionnelles de yoga considèrent qu’il existe non pas un, mais trois corps que sont le corps physique, le corps astral et le corps causal. Ces corps regroupent les cinq enveloppes que sont les enveloppes matérielle, vitale, mentale, intellectuelle et de béatitude qu’il faut, une à une, transcender. À l’inverse des yogas modernes qui adulent sans cesse et sans fin le corps physique, les yogas portés sur la spiritualité expliquent que l’attention portée au corps physique doit être assujettie au degré de purification de ce dernier. Une fois le corps purifié, le yogi peut le délaisser et porter son attention sur le corps subtil suivant. Ainsi, le corps physique, qui pour le yoga moderne occupe une place centrale, correspond, dans la classification corps des écoles traditionnelles, à l’unité la plus grossière et donc négligeable. Il n’est donc pas surprenant de voir ces mouvances traditionalistes partir en croisades contre les formes modernes de yogas qui, à leurs yeux, entant que discipline pourfendue, usurpent jusqu’au titre même de « yoga ».

Le corps : un outil au service du but ultime du yoga

Comme disent les sages : « si tu veux jouer une belle musique avec ta cithare, la corde ne doit être ni trop lâche ni trop tendue ». De la même façon, la relation du yoga au corps ne peut être toute blanche ou toute noire.

Dans ses Yoga Sutras, Patanjali donne une définition du yoga. Il explique que le yoga est « chitta vritti nirodha », ce qui signifie littéralement « le yoga est la cessation des mouvements du mental ». Autrement dit, le yoga est tout ce qui permet à l’être humain d’être plus conscient de ses actions mentales, autrement dit, de ses pensées.

Quiconque a déjà essayé de méditer, a pu aisément se rendre compte de combien il est ardu de constamment maintenir active cette conscience de soi et ce d’autant plus dès lors qu’il s’agit d’objets immatériels.

Les pensées sont intangibles. Elles sont éphémères et rapides. Nous ne les voyons pas et ne pouvons pas les toucher. Il est facile d’en perdre le fil et de devenir « inconscient ». C’est pourquoi le yoga (dont le but ultime est la connaissance complète de soi par l’observation des modifications subtiles de notre esprit) nous propose de commencer le travail sur le plan physique. Dans son chemin vers la conscience le yogi débute par l’observation d’un objet accessible et matériel, qu’il peut voir, sentir, toucher et facilement appréhender avec ses cinq sens : le corps.

Grâce aux asanas (qui sont symboles de situations), il s’agit pour le yogi d’apprendre à connaître son corps physique, de l’observer dans le mouvement comme dans l’immobilité, et par extension, dans toutes les situations possibles de la vie.

Lorsque le yogi à l’habitude de se contempler en observant la partie de lui-même qui correspond au corps physique, alors, il peut entamer la pratique des pranayamas grâce auxquels il observe son souffle. La respiration est plus subtile que le corps physique et il est moins aisé de la capter avec nos cinq sens. L’observation de la respiration demande un travail accru de centrage et de concentration. Néanmoins, elle est moins abstraite que les pensées elles-mêmes.

Enfin, lorsque le yogi est ancré dans sa pratique des asanas et des pranayamas et donc dans sa capacité à observer son corps physique et sa respiration, alors, il peut débuter l’observation de ses propres pensées et apprendre à connaître son mental. C’est la porte ouverte à la méditation.

Conclusion

Si notre pratique du yoga ne fait que renforcer en nous les schémas existants de séparation, de comparaison, d’évaluation, de nivellement et de compétition, alors nous pouvons être sûrs que nous ne pratiquons pas le yoga, et ce, que notre pratique fasse l’éloge du corps ou qu’elle le rejette.

Entre adulation et négation du corps physique, le yoga nous rappelle que le chemin ultime est, comme Bouddha le prônait, sans conteste celui de la voie du milieu.

Septembre 2020, Alexandra Joy.

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