• Alexandra JOY

La discipline : règle restrictive ou porte de la liberté ?

Il n’est pas rare d’entendre, à juste titre d’ailleurs, que le yoga est une discipline, non pas au sens d’une matière (même si c’est ainsi qu’il est de plus en plus compris, pratiqué et enseigné), mais bel et bien parce que, en son essence, le yoga est une ascèse, un ensemble d’exercices physiques et moraux destinés à libérer l’esprit.

Vous avez dit discipline ? Vraiment ? Une discipline comme celle que nous avons dans nos souvenirs, celle à laquelle, implacables, nos maîtres d’école et proviseurs veillaient précieusement ?! Il est bien difficile de croire que le yoga que nous adorons tant, cette pratique si douce, après laquelle nous nous sentons ressourcés, clairs et heureux puisse avoir un quelconque rapport avec une discipline au sens où nous l’entendons et pourtant… Ainsi, entre règles restrictives et portes de la liberté, comment le yoga envisage-t-il la discipline ?


La discipline ou des règles strictes pour une vie encadrée

Selon le Larousse, la discipline est un ensemble de lois ou d’obligations qui régissent une collectivité et qui sont destinées à y faire régner l’ordre. Autrement dit, la discipline consiste en l’ensemble de règles de conduite communes imposées aux membres d’un groupe afin de garantir son bon fonctionnement. En outre, la discipline désigne également l’obéissance à ces règles et l’aptitude à s’y soumettre.

Pratiqué sous sa forme originelle, le yoga affiche aussi un règlement strict codifié sous le nom d’Ashtanga yoga (à ne pas confondre avec l’ashtanga yoga qui consiste en la pratique physique de séquences d’asanas développées par Pattabhi Jois à Mysore). Ce système se déroule en huit étapes que sont les « yamas » ou l’ensemble des règles qui guident le yogi sur le chemin de la vie ; les « niyamas » ou observances morales ; les « asanas » ou la pratique des postures qui mènent ultimement au lotus ; les « pranayamas » ou exercices de respiration ; « pratyahara » ou retrait des sens ; « dharana » ou concentration ; « dhyâna » ou méditation et le « samadhi », la libération.

Existence frugale entièrement dédiée aux techniques de purification du corps et de l’esprit, absence de possessions, dénuement, dépouillement, alimentation de base, confort limité, pratique quotidienne et ininterrompue portée sur l’essentiel et surtout l’observation stricte et simultanée des huit étapes du yoga sont les fondements de la vie yogique, la discipline. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que l’idée de discipline ait acquis une connotation négative. Règles imposées par un pouvoir supérieur et extérieur, la discipline semble nous priver de nos libertés les plus élémentaires. Puisqu’elle nous empêche de répondre librement à nos envies, la discipline nous apparaît comme restrictive et limitante. Pourtant, les yogis la pratiquent sans relâche absolument certains de trouver au bout du chemin, l’accès à la libération. Comment expliquer cela ? Le secret réside peut-être dans notre façon de concevoir la liberté…

La discipline ou les portes de la liberté

Dès lors que nous nous considérons privés de liberté au moment où nous ne pouvons plus assouvir nos désirs, cela signifie que nous entendons la liberté comme étant l’accès sans encombre aux objets de nos désirs. En d’autres termes, dans un tel schéma de pensée, être libre équivaut à pouvoir satisfaire nos envies. Vous l’aurez compris, d’un point de vue yogique, cela ne peut en aucun cas être une définition sérieuse de la liberté.

Dans le système du yoga, il existe un terme qui résume bien la ferveur du yogi dans son ascèse. « Tapasya», du sanskrit, « brûler pour » (soit dit en passant qui est le deuxième des cinq « niyamas ») consiste en la détermination de l’élève à poursuivre sa pratique spirituelle. Cette véhémence s’explique par l’ardeur du yogi à vouloir se libérer de l’attachement à ses désirs. Selon lui, être affecté par ses envies est une prison bien plus rude que les privations et autres limitations que les règles strictes du système du yoga engendrent. Tapasya est la passion qui consume le yogi assoiffé de comprendre les forces qui l’animent et la discipline, qui consiste à restreindre l’accès aux objets des désirs, le moyen de s’y confronter. En effet, le terme « discipline » provient du latin « discipulus » qui dénote du « disciple », de « l’élève », de « celui qui apprend », mais surtout de la racine indo-européenne « deik » qui, encore plus révélatrice, signifie « montrer ». La discipline permet donc de se mettre en situation d’observation. Elle nous invite à scruter et à reconnaître les désirs ainsi que les émotions qui accompagnent la frustration de ne pas pouvoir les satisfaire. Dans cette observation, le yogi n’est plus totalement affecté par le désir. Une partie de lui est devenue ce spectateur, un témoin. Dans cette distanciation réside la liberté. Être libre ne consiste pas à avoir la permission de faire ce que nous voulons, mais plutôt à ne plus se sentir affecté lorsque l’un de nos désirs n’est pas assouvi. Pour le yogi, être libre c’est avant tout être libre de ses désirs et la vraie liberté siège indubitablement dans l’expérimentation d’une chose comme étant sans pouvoir sur soi.

Avril 2020, Alexandra JOY.

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